Le Québec agit face aux changements climatiques

L’objectif du gouvernement du Québec en matière de changements climatiques est le plus ambitieux d’Amérique du Nord[1]. Il se compare tout du moins, à celui de la Californie, un modèle en matière de lutte aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Le 1er janvier 2014, le marché du carbone permettra d’ailleurs à la Californie et au Québec d’intégrer leurs économies du carbone. Désigné « système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de GES du Québec (SPEDE) », le marché québecois sera lié au marché californien pour créer le plus vaste marché transfrontalier en Amérique du Nord. Les échanges de crédits d’émission visent ainsi à donner un coût économique à la pollution atmosphérique. Le plafonnement à l’origine du marché du carbone permet quant à lui de donner la valeur de rareté à la ressource atmosphérique, en visant la régulation de l’offre et de la demande. Cependant, le marché du carbone ne saurait rétablir à lui seul l’ensemble du problème des changements climatiques. C’est pourquoi l’aménagement de nos villes et l’organisation du transport sont des enjeux cruciaux.

La Gaspésie et l’estuaire du fleuve Saint-Laurent
Crédit photo : Ron Garan – NASA

Dans cette perspective globale, le gouvernement du Québec s’est engagé en 2012 à réduire ses émissions de 25%. C’est un pas de plus dans le Plan de lutte aux changements climatiques 1990-2020. Notons que l’objectif de réduire les émissions de GES de 6 % sous leurs niveaux de 1990 a été dépassé en 2012. Le nouvel objectif de réduction des GES de 25% d’ici 2020 exige des changements structurels. Dans ce sens, Équiterre émet une mise en garde « sans un important coup de barre en matière de transports et d’aménagement du territoire, le Québec demeurera prisonnier des produits pétroliers et de l’automobile individuelle ». Les enjeux de développement urbain apparaissent donc au premier plan des préoccupations en matière d’émission de GES.

Les choix d’aménagement, parce qu’ils conditionnent nos modes de vie durablement, sont au cœur des enjeux. C’est le message de Vivre en Ville, groupe militant pour des collectivités viables. Pour lutter contre les GES, l’organisme suggère «l’intégration de mesures en aménagement du territoire et en gestion de l’offre et de la demande en transport dans les actions étatiques »[2]. Cette proposition nécessite la prise en considération des différentes dimensions du développement et la participation active des divers acteurs du milieu. C’est justement dans cette perspective que Vivre en ville a été associé au Plan de lutte aux changements climatiques 1990-2020.

Cherchant à rallier les principaux organismes concernés à sa démarche, le Ministère du Développement durable (MDDEP) a tout récemment créé un comité consultatif sur les changements climatiques[3]. L’expertise de différents groupes environnementaux mais aussi d’organismes publics, de syndicats, de chercheurs, etc., est regroupée sur une même table afin d’orienter la stratégie gouvernementale. Pour preuve d’exemplarité, les activités du comité seront carboneutres.

Souhaitons que la province de Québec continue dans ce sens, à contre courant du Gouvernement du Canada, qui continue quant à lui à être un des pires exemples en matière de lutte  aux émissions de GES dans le monde. Rappelons que le Canada est le premier pays signataire de Kyoto s’étant retiré du protocole unilatéralement. Cinq ans de suite, le Canada a reçu le prix Fossile pour le non accomplissement des objectifs sur le climat. Le pays est celui qui a fait le plus de dommages aux pourparlers sur le climat au sein des Nations unies. Le lobby pétrolier a une forte influence sur les décisions du Gouvernement Harpeur, si bien que l’exploitation des  sables bitumineux a été mise au cœur de la stratégie énergétique du pays. Le procédé d’extraction des sables bitumineux albertains conduit à des rejets de GES très élevés et son coût environnemental est désatreux.

Allée inspirée de Las Ramblas (Barcelone) dans l'écoquartier Pointe-aux-Lièvres

Allée inspirée de Las Ramblas (Barcelone) dans l’écoquartier Pointe-aux-Lièvres. Crédit firme Côté Chabot Morel (CCM2)

Au niveau municipal, les projets d’écoquartiers de Québec ont bien du mal à voir le jour. Ils incarnent la difficulté à construire des quartiers qui intègrent le développement durable dans toutes ses composantes. Annoncés  à l’automne 2010, les écoquartiers de la Pointe-aux-Lièvres et de la Pointe-D’Estimauville ont été édulcorés de nombreuses mesures écologiques. Les chantiers devraient reprendre au printemps 2014 et certains observateurs craignent qu’ils s’apparentent à une opération immobilière classique. La saga n’est pas terminée, face aux imprévus et aux retraits du promoteur des deux chantiers, la Ville de Québec a décidé de reprendre l’encadrement des projets. Depuis, la municipalité gère les projets avec différents promoteurs et il semble que de nombreuses mesures écologiques soient encore privilégiées.

Les récents incidents climatiques aux Philippines mais aussi à New York en 2012 et ces dernières années au Québec[4] nous obligent à mesurer la nécessité de changer nos modes de vie. C’est dans cette perspective qu’Albert Jacquard (2009) a écrit : « Le compte à rebours a-t-il commencé ». Le scientifique nous invite à ne pas compromettre l’avenir de la planète en réagissant pendant qu’il en est temps. Sur un ton philosophique, il tempère néanmoins afin de ne point céder à la précipitation. C’est d’ailleurs sur le principe de réversibilité que Jacquard permet de conclure: « Que conclure? L’urgence est sans doute de ne pas conclure trop rapidement, et de ne rien engager qui soit irréversible ».[5]


[2] Vivre en Ville.  « Nos propositions ». Site officiel. Page consultée le 15 novembre 2013. En ligne.  http://vivreenville.org/nos-positions/nos-positions/

[3] Voir au bas de cet article certains détails sur le comité consultatif sur les changements climatiques qui a été créé le 14 novembre 2013 à Montréal.

[4] Au sujet des incidents climatiques en sol québécois, voir la Fondation David Suzuki: http://bit.ly/HXNzjU

[5] Albert Jacquard, 2009.  « Le compte à rebours a-t-il commencé ». Éditions stock, p.81

[6.] Pour plus de documentation sur les écoquartiers de Québec:  http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/201311/17/01-4711697-projets-decoquartiers-tour-dhorizon-de-la-grille-devaluation.php

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Le Comité consultatif pourra notamment :

  • établir les orientations et les moyens qui devraient être privilégiés dans une perspective de développement durable;
  • travailler en concertation pour déterminer les mesures que le Québec devrait se donner en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux impacts des changements climatiques;
  • établir l’échéancier pour atteindre les objectifs selon les grands axes proposés par le gouvernement;
  • prendre connaissance et discuter de l’état d’avancement du PACC 2020 à partir, notamment, de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre (GES), des bilans périodiques du PACC 2020 et des répercussions du système de plafonnement et d’échange de droits d’émission;
  • émettre des recommandations sur la mise en œuvre des mesures en réduction d’émissions de GES et en adaptation incluses au PACC 2020;
  • conseiller le ministre dans le cadre du processus de révision du PACC 2020, incluant la reddition de comptes des actions;
  • porter à l’attention du ministre tout autre enjeu ou question lié à la lutte contre les changements climatiques au Québec;
  • formuler des recommandations sur les mécanismes d’évaluation et des critères de performance standardisés qui permettront un meilleur suivi des résultats et, surtout, de réorienter les mesures pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions de GES.

Sont membres de ce comité consultatif :

  • Michel Allard, Centre d’études nordiques (CEN)
  • Valérie Bécaert, Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)
  • André Bélisle, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)
  • Myrzah Bello, Réseau environnement
  • Philippe Bourke, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
  • Judith Carroll, Confédération des syndicats nationaux (CSN)
  • Steven Guilbeault, Équiterre
  • Michel Joly, Ville de Salaberry-de-Valleyfield
  • Hélène Lauzon, Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ)
  • Denis Leclerc, Écotech Québec, la grappe des technologies propres
  • Karel Mayrand, Fondation David Suzuki
  • Catherine Morency, Chaire de recherche Mobilité, Polytechnique Montréal
  • Christian Savard, Vivre en Ville
  • Marc-André St-Yves, Institut du carbone et de l’efficacité énergétique (IC2E)
  • Marie Vallée, Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa)
  • France Vézina, Association du transport urbain du Québec (ATUQ)
Ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP). Page consultée le 15 novembre 2013. En ligne. http://www.mddep.gouv.qc.ca/Infuseur/communique.asp?no=2713

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