La réalisation d’équipements publics et sportifs, moteur de développement et de consolidation

Dans la semaine du lundi 9 décembre 2013, le cabinet d’audit Ernst & Young a publié une étude quant à la possibilité d’un retour d’une équipe de baseball majeur à Montréal. Cette dernière, en plus d’annoncer que le projet général serait viable, aborde un sujet intéressant : les bénéfices de la construction d’un stade sur les quartiers environnants. L’hypothèse est que la réalisation d’un tel équipement favorise la consolidation et le développement du quartier par l’attraction d’investissements immobiliers, l’arrivée d’une nouvelle population et l’installation de nouveaux établissements d’affaires (commerces de détails et bureaux).  Trois cas sont pris en exemple :

-San Francisco où la population a été multipliée par 10 dans les environs du stade et où le salaire moyen est passé de 34 500$ à 175 000$.
-Denver où l’administration municipale a vu ses revenus augmenter de 86% dans le secteur du stade entre 1994 et 1995 grâce aux nouveaux développements immobiliers.
-San Diego où l’arrivée du stade et 300 millions $ d’investissements publics ont généré pas moins de 4 milliards $ d’investissements privés en projets résidentiels et commerciaux.

Image2Le Petco Park à San Diego

La construction de nouveaux stades de baseball est un exemple parmi d’autres attestant les transformations du tissu urbain engendrées grâce à des investissements publics et sportifs. Les jeux olympiques (JO), qu’ils soient d’été ou d’hiver, ou encore les Expositions universelles, en sont d’autres exemples flagrants. Pékin (2008), Londres (2012), Lisbonne (1998), Barcelone (1992), Vancouver (2010 pour les JO et 1986 pour l’Exposition universelle) et Montréal (1967 pour l’Exposition universelle et 1976 pour les JO), pour ne citer que ces quelques exemples, ont toutes profiter de ces compétitions sportives et événements planétaires pour développer leur réseau de transport en commun, réhabiliter d’anciennes friches industrielles, construire des quartiers d’après les derniers mouvements architecturaux ou se développer de nouveaux monuments et attractions touristiques. Ainsi Montréal a agrandi deux iles avec les gravats extraits de la construction de son métro et Vancouver, en plus de sa Canada Place, a construit son skytrain. À Paris, l’ingénieur Gustave Eiffel a bâti l’une des attractions les plus connues au monde, La tour Eiffel pendant que d’autres construisent le Grand Palais proche des Champs-Élysées. Lisbonne, quant à elle, construit le pont le plus long d’Europe, le Pont Vasco da Gama, et réhabilite d’importantes friches industrielles au bord du Tage afin d’en faire l’un des quartiers les plus en vue de la capitale portugaise.

Image1La Canada Place, à Vancouver

Légende : La Canada Place a été construite pour l’Exposition universelle de 1986 sur d’anciennes emprises du Canadian Pacific. Devenu lieu de congrès et de divertissement, le site fût agrandi en 2001 pour accueillir des bateaux de croisière plus important. Parallèlement à cela, plusieurs programmes immobiliers ont été réalisés à proximité (arrière-plan de la photo).

Source : www.vte.qc.ca

Si la tenue de ces événements mondiaux amène de nombreux changements positifs pour les villes et les quartiers les plus en difficulté, il se peut que l’après « événement » représente un véritable défi à gérer.

Pour accueillir la Coupe du monde de soccer 2010, l’Afrique du Sud a construit 4 nouveaux stades et investit d’importantes sommes dans la rénovation de 6 autres enceintes. Dans un article du journal français Le Monde publié le 24 janvier 2013, « Des stades en héritage », le journaliste mentionne que sur les 10 stades utilisés lors de l’événement, seulement 5 sont aujourd’hui rentables. Les autres représentent un fardeau financier pour les villes et les contribuables. Cette réalité ne devrait pas s’arranger avec le temps puisque les coûts d’entretien devraient croitre avec le vieillissement prématuré de l’enceinte. Pour certaines villes, la situation est devenue problématique et même le symbole des difficultés rencontrées par un pays entier. Le cas des JO d’hiver de Sarajevo de 1984 ou plus récemment ceux d’Athènes à l’été 2004 en sont les meilleurs exemples. Ces équipements, réalisés à grand frais avec une forte contribution des paliers gouvernementaux sont aujourd’hui inutilisés et pire, laissés à l’abandon. Ainsi, à Athènes, 18 installations sportives sur 22 sont aujourd’hui abandonnées faute de sources de revenus comme des événements ou d’équipes sportives ayant voulue devenir hôte de ces équipements.

À l’heure où la Russie s’apprête à tenir à Sotchi les JO d’hiver les plus chers de l’histoire (36 milliards euros soit le budget de l’Albanie et de la Moldavie combinée), la question reste entière. En effet, la région se situe aux confins de la grande Russie, près de la petite Géorgie, sur les bords de la mer Noire, avec une population de près de 400 000 habitants… De l’autre côté de l’Atlantique, au Brésil, le pays investit des milliards d’argents publics pour accueillir la planète lors de la Coupe du monde de soccer 2014 et les JO d’été de 2016. Il est certain que ces événements viendront métamorphoser les villes hôtes mais ces chantiers ne doivent pas se faire sans l’implication et « l’approbation » de la population locale. Les violentes manifestations qui s’y déroulent depuis mars 2013 dénoncent notamment l’argent public investi dans ces deux événements éphémères et constituent le meilleur exemple d’un travail d’acceptabilité sociale qui n’a pas été forcément fait quand le projet s’est initié.

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Équipement sportif construit pour les JO d’Athènes, aujourd’hui à l’abandon.

Source : www.jamiemcgregorsmith.com

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Équipement sportif construit pour les JO d’Athènes, aujourd’hui à l’abandon

Source : www.jamiemcgregorsmith.com

Il n’est pas nécessaire de construire un nouveau stade à plusieurs centaines de millions $ ou d’accueillir les JO pour favoriser la revitalisation de certains quartiers. La réalisation d’un équipement lourd de transport en commun peut suffire.

À Nice (sud-est de la France), la mise en service de la ligne 1 du tramway en 2007 a amené le réaménagement de plusieurs places publiques, la piétonisation de plusieurs rues et l’amélioration des liens entre les différents quartiers de la ville dont certains parmi les plus sensibles. En plus des améliorations citées précédemment, l’arrivée du tramway a engendré une augmentation des valeurs foncières des propriétés, la consolidation de certains secteurs et un renouvellement de l’offre commerciale.

À Toulouse (sud-ouest de la France), la mise en service prochaine de la nouvelle ligne de tramway « Garonne » permettra de relier les deux rives de la ville, plusieurs équipements publics dont le stade municipal de soccer et d’autres équipements de transport en commun comme le métro. Déjà, les spécialistes en immobilier envisagent une augmentation des valeurs foncières et l’arrivée notamment d’une nouvelle population plus jeune.

Image5

La Place Massena avant l’arrivée du tramway

Source : www.nicematin.com

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La Place Massena après l’arrivée du tramway

Finalement, dans les traces des politiques keynésiennes prônant l’intervention de la « machine » publique pour relancer l’économie, certains investissements majeurs, qu’ils soient publics ou privés, permettant la construction d’équipements structurant ont un effet de catalyseur indéniable comme on l’a vu avec les stades de baseball, les JO ou le tramway. Par contre, ces investissements se doivent d’être adaptés à la réalité économique, sociale et culturelle des pays et villes où ces derniers sont réalisés. L’Afrique du Sud, Athènes, Sotchi ou le Brésil en constituent aussi de bons exemples à ne pas oublier.

Par Romain Fayolle


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