Place des nations : la question de l’intégrité du patrimoine
12 janvier 2014 Laisser un commentaire
Abandonnée depuis des années, la Place des Nations est en pleine dégradation. Montré comme site de patrimoine en danger par Héritage Montréal, la survie du lieu posait jusqu’à peu de nombreuses interrogations. On apprend avec bonheur que ce lieu phare de l’Expo 67 sera restauré d’ici 2017, au coût de 12,5 millions de dollars. Annoncée comme une partie intégrante du projet d’aménagement et de mise en valeur du Parc Jean-drapeau, cet investissement s’inscrit dans le cadre du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. La restauration de la Place des Nations pose néanmoins la question de l’intégrité des lieux. Nous vous proposons de faire le point sur la situation.
Une figure de proue de l’Expo 67
La Place des Nations a été construite alors que Montréal s’ouvrait sur le monde en accueillant l’Exposition universelle de 1967.
L’idée de départ est celle d’une « Place des Peuples », « une vaste figure de proue représentant le Canada souhaitant la bienvenue aux nations[1]. ». Servant à accueillir les manifestations officielles, culturelles et folkloriques de l’Expo, ce point de rassemblement se voulait un lieu moderne. L’architecte André Blouin, disciple de Perret, a revisité l’idée que l’on se fait d’un amphithéâtre classique. Le concept est celui d’une place carrée entourée de passerelles et de gradins pyramidaux. Sur les lieux, la disposition des édicules de béton change notre compréhension de l’espace.
Une synthèse architecturale brillante
C’est un renversement de la symétrie des agoras ou des théâtres habituels. Cette liberté architecturale incarne la modernité de l’époque, dans une célébration audacieuse : « Finalement, la Place des Nations est le fruit d’une brillante synthèse de sources diversifiées, combinant l’idéal des places antiques (agora grecque, forum romain), la logique spatiale de la place européenne (Campo de Sienne, par exemple.) et les formes de l’architecture pré-colombienne (places et temples Maya). À ce titre, la Place des Nations est un objet bâti original dont on ne connaît pas de précédents au niveau mondial, un objet singulier qui témoigne de l’effervescence créative des architectes canadiens et québécois au cours des années 1960. [2]»
Nombre de cérémonies et de spectacles se sont tenus dans ce lieu qui ne devait pas être conservé après l’Exposition l’Expo[3]. L’architecte André Blouin a semble t-il convaincu l’équipe de planification de l’Expo, dans laquelle il avait une position influente, de conserver les installations de manière permanente.
L’état actuel des lieux
Utilisé comme lieu d’entreposage pour la maintenance du Parc Jean Drapeau, le site est clôturé. Aucun entretien n’est fait su bien que les signes de dégradation de la Place des Nations sont multiples : béton endommagé, structure de bois en pourrissement, lézarde et infiltrations d’eau, etc.
L’annonce d’un investissement majeur pour sa restauration est encourageante. Ce lieu à l’abandon depuis des années sera quelque peu considéré. Jusqu’à maintenant utilisé par La Société du Parc Jean-Drapeau comme lieu d’entreposage, la Place des Nations est néanmoins délabrée. Les constructions d’origine pourront elles êtres sauvegardées?
L’integrité patrimoniale en question
La Société du Parc Jean-Drapeau prévient, dès l’annonce de la réfection de la Place des nations : « on ne peut garantir la conservation ni la restauration intégrale de tous ses aménagements originaux ». Les visites en amont du projet d’aménagement et de mise en valeur du Parc Jean-drapeau on conduit à montrer le « piètre état » du site [4]. L’état du bois lamellé compressé laisse dubitatif quant a sa réutilisation et il en va de même pour les structures de béton armé endommagées.
On peut aussi se questionner sur les décisions antérieures de clôturer le lieu et de ne pas l’entretenir. Le manque d’investissement hors des célébrations ponctuelles ressort périodiquement et il serait préférable d’y remédier sur la durée.
Par Félix Gravel
En savoir plus sur André Blouin: lire l’article publié par l’ADUQ
Fiche technique: Place des nations
Projet initié : 1963
Fin des travaux : 1966
Inauguration: Lors de l’Expo 67
Refection : 1991
Localisation : Parc Jean-Drapeau (extrémité ouest de l’île Sainte-Hélène)
Architecte: André Blouin
Forme architecturale : Place carrée entourée de passerelles et de pyramides, formant des plateaux de différents niveaux.
[1] Architecte en chef de l’Expo dans Fiset, « Le Plan Directeur », op. cit, p. 56., cité dans « Étude patrimoniale sur les témoins matériels de l’exposition universeller et internationale de Montréal de 1967 sur l’Île Saint-Hélène ». Laboratoire de recherche sur l’architecture moderne et le design. École de design, UQAM. Rapport. 25 février 2005.
[2] « Étude patrimoniale sur les témoins matériels de l’exposition universeller et internationale de Montréal de 1967 sur l’Île Saint-Hélène ». Laboratoire de recherche sur l’architecture moderne et le design. École de design, UQAM. Rapport. 25 février 2005.
[3] « Étude patrimoniale sur les témoins matériels de l’exposition universeller et internationale de Montréal de 1967 sur l’Île Saint-Hélène ». Laboratoire de recherche sur l’architecture moderne et le design. École de design, UQAM. 25 février 2005.
[4] Projet d’aménagement et de mise en valeur du Parc Jean-Drapeau. 2013. page.16. http://www.parcjeandrapeau.com/files/divers/projet-amenagement-mise-en-valeur-parc-jean-drapeau.pdf
La nouvelle de cet investissement, vous pouvez cliquer sur: La Presse ou Radio Canada
